Exhibition texts / Textes d'exposition
Modernist Visions – August Macke and Max Ernst
VISIONS DE LA MODERNITÉ – AUGUST MACKE ET MAX ERNST
Introduction
EN // Modernist Visions – August Macke and Max Ernst
When we hear the name Max Ernst, our first association is usually with his surreal imagery. That his artistic beginnings were undertaken in the setting of Rhineland Expressionism is less well known. To honor the 50th anniversary of his death in April 2026, the exhibition Modernist Visions – August Macke and Max Ernst highlights the early works of the internationally well-known Dadaist and Surrealist while examining his close connection with August Macke.
Max Ernst was a regular guest at the Macke’s home in Bonn and showed his art for the first time in the 1913 Exhibition of Rhineland Expressionists, organized by Macke in Bonn. Characteristics that connected the two artists, such as their intellectual wrestling with past art currents, fascination for the art of their own time, their humor, and association with Bonn are all themes of our show, as well as the unequal lengths of their lives owing to the watershed event of the first world war. Ernst’s nearly 85 years of living, 70 of them artistically productive, stand against August Macke’s 27 years, approximately 14 of them productive, albeit with an oeuvre that is no less rich.
The exhibition brings together some 80 works, including paintings, graphic art, sculptures, photographs, and original documents. Special attention is focused on two women: Elisabeth Erdmann-Macke and Luise Straus-Ernst as persons of central importance for the work of the artists.
Introduction
FR // VISIONS DE LA MODERNITÉ – AUGUST MACKE ET MAX ERNST
Lorsque nous entendons le nom de Max Ernst, nous l’associons le plus souvent à son imagerie surréaliste. Le fait que ses débuts artistiques se soient inscrits dans le contexte de l’expressionnisme rhénan est moins connu. À l’occasion du 50e anniversaire de sa mort en avril 2026, l’exposition Visions de la modernité – August Macke et Max Ernst met en lumière les premières œuvres de cet artiste dadaïste et surréaliste de renommée internationale, tout en examinant ses liens étroits avec August Macke.
Max Ernst fut un invité régulier au domicile des Macke à Bonn et présenta son travail pour la première fois lors de l’Exposition des expressionnistes rhénans de 1913, organisée par Macke à Bonn. Les affinités entre les deux artistes — leur confrontation intellectuelle avec les courants artistiques du passé, leur fascination pour l’art de leur temps, leur sens de l’humour ainsi que leur lien avec Bonn — constituent autant de thèmes de cette exposition, de même que la différence marquée dans la durée de leurs vies, due à l’événement charnière de la Première Guerre mondiale. Les près de 85 années de vie d’Ernst, dont environ 70 consacrées à la création artistique, contrastent avec les 27 années d’August Macke, dont quelque 14 de production, mais avec une œuvre tout aussi riche.
L’exposition réunit environ 80 œuvres, parmi lesquelles des peintures, des œuvres graphiques, des sculptures, des photographies et des documents originaux. Une attention particulière est portée à deux femmes : Elisabeth Erdmann-Macke et Luise Straus-Ernst, figures centrales pour la compréhension du travail des artistes.

August Macke, Plakatentwurf Ausstellung Rheinischer Expressionisten I, 1913, Aquarell, 42,5 × 21 cm
Museum August Macke Haus, Dauerleihgabe aus Privatbesitz
Room [I]
EN // Connecting Lines
August Macke and Max Ernst
August Macke und Max Ernst were linked to each other in many respects. Their views on art were similar and they preferred to choose motifs from the society surrounding them: pictures from the world of the stage, dance and theater, parks, and the zoo. Both artists engaged in dialogue with art currents before their own time, as well as with contemporary art production; they were equally fascinated by French avant-garde artists in the group around Henri Matisse and Robert Delaunay.
Visual perception played a role of significance for both artists. For Max Ernst, visual factors – both in the sense of introspection and of the associative interpretation of image structures – were of key importance for his later work. Macke believed that works of art obtained most of their vibrancy through eye movements.
[Salle I]
FR // Lignes de connexion
August Macke et Max Ernst
August Macke et Max Ernst étaient liés à bien des égards. Leurs conceptions de l’art présentaient de nombreuses affinités et ils privilégiaient des motifs issus de la société qui les entourait: des scènes du monde de la scène, de la danse et du théâtre, ainsi que des parcs et des zoos. Tous deux entretenaient un dialogue avec les courants artistiques antérieurs à leur époque, tout en s’intéressant à la production contemporaine ; ils partageaient notamment une fascination pour les artistes d’avant-garde français du cercle de Henri Matisse et de Robert Delaunay.
La perception visuelle jouait un rôle essentiel pour les deux artistes. Pour Max Ernst, les facteurs visuels — tant au sens de l’introspection que de l’interprétation associative des structures de l’image — furent déterminants pour son œuvre ultérieure. Macke, quant à lui, considérait que les œuvres d’art tiraient l’essentiel de leur vitalité du mouvement du regard.
[Citation salle I]
« L’inoubliable August Macke me reste en mémoire comme l’image d’un enthousiasme authentique et intelligent, de générosité et d’exubérance. Ses tableaux, qui se situaient au pôle opposé de ce que j’avais déjà, même vaguement, à l’esprit, se caractérisaient par une tranquillité presque troublante, une véritable élégance et des attraits visuels exceptionnels. Chacun d’eux était véritablement un ›régal pour les yeux‹. »
Max Ernst

Max Ernst, Im Zoologischen Garten in Köln (Hubertushirsch), ca. 1919, Öl auf Leinwand, auf Karton aufgezogen, 29,3 × 25,3 cm, Privatbesitz © VG Bild-Kunst, Bonn 2025
[Room II]
EN // At the Beginning Was Expressionism
Artistic localization and the 1913 exhibition in Bonn
In April 1910 Max Ernst arrives from nearby Brühl to study in Bonn, where he presumably makes the acquaintance of August Macke in 1911. Macke, four years older, becomes an important friend and impulse-giver for the self-taught and artistically active Ernst, and integrates him into the local and interregional art scene. Besides similar artistic views, clear stylistic parallels become visible; at the same time, however, Max Ernst is experimenting with a variety of expressive forms.
Owing to their close connection, August Macke invites Max Ernst to show his work at the Exhibition of Rhineland Expressionists, which he organizes in Bonn in the summer of 1913. This is Ernst’s first public appearance as an artist. One of 16 exhibitors, Ernst contributes about a dozen works and is thus among those most strongly represented. He shows futuristic-looking pieces such as Der Sturm and Straße in Paris.
[Salle II]
FR //Au commencement était l’Expressionisme
Ancrage artistique et l’exposition de 1913 à Bonn
En avril 1910, Max Ernst arrive de Brühl, toute proche, pour étudier à Bonn, où il fait vraisemblablement la connaissance de August Macke en 1911. Macke, de quatre ans son aîné, devient un ami important et une source d’impulsion pour Ernst, autodidacte déjà actif sur le plan artistique, et l’intègre dans la scène artistique locale et internationale. Outre des conceptions artistiques similaires, des parallèles stylistiques évidents apparaissent ; dans le même temps, Max Ernst expérimente une grande diversité de formes expressives.
En raison de leur relation étroite, August Macke invite Max Ernst à présenter ses œuvres dans le cadre de l’Exposition des expressionnistes rhénans qu’il organise à Bonn durant l’été 1913. Il s’agit de la première apparition publique d’Ernst en tant qu’artiste. Parmi les seize artistes exposés, Ernst présente une douzaine d’œuvres et figure ainsi parmi les participants les plus représentés. Il y montre des pièces à l’allure futuriste telles que Der Sturm et Straße in Paris.
[Citation salle II]
« Qui a des yeux pour voir et une âme pour comprendre, qu’il saisisse à Bonn l’occasion si rare de vivre de fortes expériences artistiques. Quant aux aveugles, on ne peut même pas leur recommander de se munir de lunettes à vie. »
Max Ernst

Max Ernst, Der Sturm, 1912. Öl auf Pappe, 51,5 x 39,5 cm Museum Ludwig Köln
© VG Bild-Kunst, Bonn 2025 Bildnachweis: Historisches Archiv der Stadt Köln mit Rheinischem Bildarchiv
[Room III]
EN // Women Power
Elisabeth Erdmann-Macke and Luise Straus-Ernst
It would be wrong to discuss August Macke and Max Ernst without including their wives who played a central role in and for their art. Elisabeth, daughter of an entrepreneurial family in Bonn, was Macke’s "second self," his partner and most important supporter. She had a hand in many of his works, safeguarded his considerable oeuvre through two world wars, and contributed decisively to his later renown. With her memoirs, she recorded numerous memories of times together and meetings in the Macke home, including encounters with Max Ernst.
Luise Straus met Max Ernst in the course of her studies in Bonn. With a doctor’s degree in art history, she took on the post of interim director of Cologne’s Wallraf-Richartz-Museum in 1919 and thus became one of the first female museum directors. Sie introduced Max Ernst to Cologne’s art scene and was, herself, active in Cologne’s Dada group, where she developed her own collages. After her divorce from Ernst, she worked chiefly as a successful journalist and art critic. Persecuted as a Jew by the Nazis, she was murdered in the Auschwitz concentration camp in 1944.
[Salle III]
FR // Pouvoir des femmes
Elisabeth Erdmann-Macke et Luise Straus-Ernst
L’on ne peut pas évoquer August Macke et Max Ernst sans inclure leurs épouses, qui ont joué un rôle central dans et pour leur art. Elisabeth Erdmann-Macke, fille d’une famille d’entrepreneurs de Bonn, fut le « second moi » de Macke, sa partenaire et son soutien le plus important. Elle participa à de nombreuses œuvres, préserva son vaste héritage artistique à travers deux guerres mondiales et contribua de manière décisive à sa renommée posthume. Par ses mémoires, elle a consigné de nombreux souvenirs de leur vie commune et des rencontres à la maison des Macke, notamment avec Max Ernst.
Luise Straus-Ernst rencontra Max Ernst au cours de ses études à Bonn. Docteure en histoire de l’art, elle assuma en 1919 la direction par intérim du musée Wallraf-Richartz de Cologne, devenant ainsi l’une des premières femmes directrices de musée. Elle introduisit Max Ernst dans la scène artistique colonaise et fut elle-même active au sein du groupe Dada de Cologne, où elle développa ses propres collages. Après son divorce avec Ernst, elle travailla principalement comme journaliste et critique d’art reconnue. Persécutée en tant que Juive par le régime nazi, elle fut assassinée en 1944 dans le camp de concentration d’Auschwitz.
[Citation salle III]
« Je n’avais pas à me préoccuper du travail. Il me tombait tout simplement dessus […] Curiosité, flair, jugement précis et acéré – ce n’étaient plus de petits vices condamnables, mais des outils essentiels pour mon travail. »
Luise Straus

Max Ernst, Kollegen, 2. Oktober 1911, Aquarell auf Karton, 9,0 × 14,1 cm, Privatsammlung © VG Bild-Kunst, Bonn 2025
[Room IV]
EN // Bonn Views
The urban setting
With their lives centered in Bonn, the town was an important point of reference for August Macke and Max Ernst, and for their artistic endeavors. In 1900, unlike the bustling metropolis Cologne, the little town along the Rhine counted as the seat of retirement for upper middle-class pensioners. Not until the university was founded in 1818 did Bonn attract younger generations. While Macke intensively treated motifs from places in the town, the environs around his house, and the fields and landscapes of the surrounding region, Ernst concentrated on Bonn's everyday student life, sketching his fellow students and professors, often with a humorous undercurrent. Moreover, he treated his setting in Bonn not only with his art, but also with articles in the weekly newspaper Volksmund. They often contained sharp critique, full of caustic irony. In one of them he wrote about the Simrock monument of sculptor Albert Küppers, whose drawing course he attended: "In the Hofgarten (Palace Park) we see the mysterious main work, or life opus, of this gentleman. A strange and bottomless creature."
[Salle IV]
FR // Vues de Bonn
Le contexte urbain
Ayant leur vie centrée à Bonn, la ville constituait pour August Macke et Max Ernst un point de référence essentiel, tant sur le plan personnel que pour leurs activités artistiques. Vers 1900, contrairement à la métropole vibrante de Cologne, la petite ville située sur le Rhin était considérée comme un lieu de retraite pour des pensionnaires issus de la bourgeoisie aisée. Ce n’est qu’avec la fondation de l’université en 1818 que Bonn commença à attirer des générations plus jeunes.
Tandis que Macke traitait intensivement de motifs tirés de la ville, des environs de sa maison ainsi que des champs et paysages de la région alentour, Ernst se concentrait sur la vie quotidienne étudiante à Bonn, croquant ses camarades et ses professeurs, souvent avec une pointe d’humour. Par ailleurs, il aborda son environnement bonnois non seulement à travers son œuvre artistique, mais aussi dans des articles publiés dans l’hebdomadaire Volksmund. Ceux-ci comportaient souvent une critique acerbe, empreinte d’une ironie mordante. Dans l’un d’eux, il écrivait à propos du monument Simrock du sculpteur Albert Küppers, dont il suivait le cours de dessin : « Dans le Hofgarten (parc du Palais), nous voyons l’œuvre principale mystérieuse, ou l’œuvre de toute une vie, de ce monsieur. Une créature étrange et sans bas-ventre. »
Max Ernst

Franz Fischer, Max Ernst, Bonn, Mai 1972, Fotografie, 23 x 16,9 cm, Max Ernst Museum Brühl des LVR, Stiftung Max Ernst, Sammlung Stadt Brühl
[Room V]
EN // Parted Ways
The first world war 1914
The first world war brought an abrupt end to the relationship and friendship of the two artists. August Macke is assigned to the front at the beginning of August 1914 in the rank of non-commissioned officer, and is killed at the end of September after only a few weeks. Max Ernst first starts military training in Cologne and is deployed on the Western front beginning in January 1915, then in Danzig as of 1917. Among the few works that he creates in the first year of war are the watercolor Von der Liebe in den Dingen. The use of color and its rhythm in the composition recall the art of Robert Delaunay, whom Ernst had met in 1913 through Macke.
For Max Ernst, the war constituted a decisive turning point, not only in personal but also in artistic terms. After his return in 1918, new paths open up, first with Dada in Cologne, then beginning in 1922 in Paris with Surrealism, which was born of the experience of the first world war and received its theoretical foundation in André Breton’s 1924 Manifesto.
[Salle V]
FR // Chemins séparés
La Première Guerre mondiale en 1914
La Première Guerre mondiale mit fin brutalement à la relation et à l’amitié entre les deux artistes. Début août 1914, August Macke est envoyé au front avec le grade de sous-officier ; il est tué à la fin du mois de septembre, après seulement quelques semaines. Max Ernst commence d’abord sa formation militaire à Cologne, puis est déployé sur le front occidental à partir de janvier 1915, avant d’être affecté à Dantzig à partir de 1917.
Parmi les rares œuvres qu’il réalise durant la première année de guerre figure l’aquarelle Von der Liebe in den Dingen. L’usage de la couleur et son rythme dans la composition rappellent l’art de Robert Delaunay, qu’Ernst avait rencontré en 1913 grâce à Macke.
Pour Max Ernst, la guerre constitue un tournant décisif, tant sur le plan personnel qu’artistique. À son retour en 1918, de nouvelles voies s’ouvrent à lui : d’abord avec le mouvement Dada à Cologne, puis, à partir de 1922, à Paris avec le surréalisme, né de l’expérience de la Première Guerre mondiale et qui trouve son fondement théorique dans le Manifeste d’André Breton publié en 1924.
[Citation salle V]
« Et puis le grand scandale. Personne dans le cercle d’amis ne se presse pour sacrifier sa vie […] Max doit partir à l’armée […] Que peut-il faire contre la stupidité, la vie militaire, le dégoût et l’horreur ? Hurler, jurer, vomir ne sert à rien […] Il ne reste plus qu’à attendre (‹ tenir bon › !) »

Max Ernst, Von der Liebe in den Dingen, 1914, Aquarell auf Papier, 23 × 16 cm, Kunstmuseum Bonn © VG Bild-Kunst, Bonn 2025
[Room VI]
EN // Back to Bonn
The awarding of an honorary doctorate in 1972
Nearly 60 years after Macke’s death, Max Ernst comes into contact with Bonn once again. In May 1972 he receives an honorary doctorate from the philosophical faculty of Bonn’s Friedrich-Wilhelm University. Eduard Trier, art historian and friend of many years, holds the laudatory address. In his acceptance speech, Ernst recalls how his time in Bonn and, above all, how August Macke had influenced him. Among the guests at the ceremony is also Elisabeth Erdmann-Macke.
That same year, Max Ernst illustrates the anti-war poem La ballade du soldat by Georges Ribemont-Dessaignes. In 36 color lithographs, the artist unfolds a parody of military drill and the senselessness of war with motifs such as helmets, trumpets, tin soldiers, and ducks, which he, collage-like, recombines. Loplop, the figure of central identification for his later work, is also repeated and used as a presentation and reflection surface.
[Salle VI]
FR // Retour à Bonn
La remise de doctorat honoris causa en 1972
Près de soixante ans après la mort de Macke, Max Ernst entre de nouveau en contact avec Bonn. En mai 1972, il reçoit un doctorat honoris causa de la faculté de philosophie de l’université Friedrich-Wilhelm de Bonn. L’historien de l’art Eduard Trier, ami de longue date, prononce le discours laudatif. Dans son allocution de remerciement, Ernst évoque combien ses années passées à Bonn, et surtout l’influence d’August Macke, ont marqué son parcours. Parmi les invités à la cérémonie figure également Elisabeth Erdmann-Macke.
Cette même année, Max Ernst illustre le poème antimilitariste La ballade du soldat de Georges Ribemont-Dessaignes. En 36 lithographies en couleur, l’artiste déploie une parodie de l’exercice militaire et de l’absurdité de la guerre, à travers des motifs tels que des casques, des trompettes, des soldats de plomb et des canards, qu’il recombine à la manière d’un collage. Loplop, figure centrale d’identification dans son œuvre tardive, est également récurrente et sert de surface de présentation et de réflexion.

Max Ernst, Franz Balke, Karikatur, 1913, Farbige Tusche und Aquarell auf Papier, 21,7 x 16,3 cm, Max Ernst Museum Brühl des LVR, Stiftung Max Ernst, Schenkung Werner und Monique Spies